Accueil Thèmes Cancer du sein Campagne de dépistage gratuit Un article des Nouvelles calédoniennes du 10 août 2009

Un article des Nouvelles calédoniennes du 10 août 2009

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(extrait du quotidien)

Dépistage gratuit pour 18 000 Calédoniennes

C'est hier soir qu'a officiellement démarré la première campagne d'envergure pour le dépistage du cancer du sein. D'ici à deux ans, environ 18 000 femmes âgées de plus de 50 ans recevront, à leur domicile, une invitation pour une mammographie gratuite. Objectif : faire baisser la mortalité de ce cancer sur le territoire.

En Nouvelle-Calédonie, c'est la première cause de mortalité par cancer chez les femmes. Pourtant, s'il est découvert à temps, le cancer du sein se soigne dans 80 % des cas. Toutes les femmes, quel que soit leur âge, peuvent développer la maladie ; mais après la ménopause, le risque est accru : deux cancers sur trois se déclarent à cette période. D'où la nécessité, dès 50 ans, de faire surveiller régulièrement ses seins. Si la palpation effectuée par le gynécologue (ou la sage-femme, ou le médecin généraliste, tous habilités à pratiquer l'examen) permet de déceler des nodules déjà développés, un seul examen, la mammographie, est capable de mettre à jour un cancer à un stade très précoce. Et d'augmenter d'autant les chances de guérison.

« Le coût élevé de la mammographie est l'un des freins principaux. Avec cette invitation, plus besoin d'avancer d'argent. »

Cet examen - en fait, une radiographie des seins - va être proposé gratuitement à l'ensemble des Calédoniennes concernées, soit environ 18 000 femmes âgées de 50 à 74 ans. Toutes vont recevoir (*), dans leur boîte aux lettres, une « invitation » de l'Agence sanitaire et sociale de la Nouvelle-Calédonie (ASSNC) pour une mammographie de dépistage gratuite, accompagnée d'une liste de radiologues agréés. A chaque femme de prendre rendez-vous chez le professionnel de son choix. Depuis hier soir, des spots à la télévision et à la radio informent les Calédoniennes de l'opération, baptisée « Votre rendez-vous sérénité ». L'idée, explique Loïc Broquart, chef du projet à l'ASSNC, c'est de « dire aux femmes qu'elles n'ont plus aucune raison d'hésiter à se faire dépister. On le sait, le coût élevé de la mammographie (**) est l'un des freins principaux. Avec cette invitation, plus besoin d'avancer d'argent.» Et pour les femmes des Iles, obligées de se rendre sur la Grande Terre pour l'examen, le gouvernement a prévu de prendre aussi en charge le billet d'avion.
Et à celles que la peur d'avoir mal rebute, le Dr Catherine Merzeau, chef du service d'imagerie médicale au CHT, répond : « La mammographie n'est pas un examen douloureux. Tout au plus inconfortable. Mais il ne dure que quelques secondes  ! » Quelques secondes qui peuvent faire gagner des années de vie.

* dans un délai de deux ans. A ce jour, environ 2 500 invitations ont déjà été envoyées.
** 16 400 francs.

 

Le chiffre : 82

C'est le nombre de Calédoniennes qui ont été touchées par le cancer du sein en 2006. 62 % d'entre elles avaient entre 50 et 74 ans. (source : Registre du cancer)

 

Repères

Personnel et matériel au top
Avant le lancement du programme de dépistage gratuit, l'ensemble des mammographes installés sur le territoire ont été contrôlés. Deux appareils jugés défectueux ont été mis à l'index. Par ailleurs, manipulateurs en radiologie et médecins radiologues ont tous suivi une formation spécifique.

Koumac et Poindimié équipés
Depuis quelques semaines, les femmes de Brousse peuvent faire leur mammographie sur Koumac et Poindimié, dont les centres hospitaliers ont été récemment équipés. Auparavant, hormis Nouméa et Païta, seule la commune de Bourail disposait d'un mammographe.

Deux lectures valent mieux qu'une
Une ultime raison de répondre favorablement à l'invitation gratuite : les mammographies normales (donc sans anomalie) seront toutes lues une deuxième fois, par un autre radiologue. Ce qui n'est pas le cas quand on subit l'examen hors programme de dépistage.

Invitation valable quatre mois
Chaque « bon » pour une mammographie gratuite est valable quatre mois. Au-delà de ce délai, deux relances seront envoyées, à quatre mois d'intervalle.

200 à 280 millions de budget
L'ensemble des actes de dépistage devrait coûter entre 160 millions et 220 millions de francs sur deux ans, selon le taux de participation. Une somme financée par la Cafat, les trois provinces et le gouvernement.
Ce à quoi il faut ajouter 40 à 60 millions de francs annuels pour la campagne elle-même, une somme sortie des caisses de l'agence sanitaire et sociale de Nouvelle-Calédonie (ASSNC).

 

Questions à... Catherine Charlier, gynécologue-obstétricien au CHT Magenta

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« Trop de patientes arrivent encore avec des tumeurs évoluées »

Les Nouvelles calédoniennes : Pourquoi la campagne de dépistage s'intéresse-t-elle uniquement aux 50-74 ans ?

Dr Catherine Charlier : Parce qu'il est établi que le cancer du sein est particulièrement fréquent à la ménopause. Si l'examen clinique chez le gynécologue est nécessaire chaque année quel que soit l'âge de la femme, la mammographie est recommandée tous les deux ans, à partir de 50 ans. Même si, chez certaines femmes, on avance l'âge de la première mammographie : c'est le cas de celles qui ont déjà eu un cancer, ou qui ont des antécédents familiaux de cancer du sein. Parfois aussi, le médecin peut demander une mammographie en complément de l'examen clinique.

Quels signes doivent alerter ?

Le problème, c'est que le cancer du sein évolue silencieusement, parfois pendant des années, sans aucun symptôme. En clair, ne pas avoir mal ne doit pas être un élément rassurant. En dehors de l'examen pratiqué tous les ans par le gynéco, et de la mammographie tous les deux ans après 50 ans, on peut, à tout âge, pratiquer l'auto-palpation, après les règles. Si l'on sent quelque chose à cette occasion, il faut consulter rapidement.

Pourquoi le cancer du sein est-il particulièrement redouté par les femmes ?

Parce qu'il touche un organe hautement significatif, à l'image de la femme, à la féminité même. Si, à cause d'un cancer, on vous enlève un bout d'intestin, votre image n'en est pas modifiée. Mais une ablation du sein, ça se voit. Toutes les femmes malades ont peur d'un acte chirurgical mutilant. Au point, parfois, de ne pas consulter alors qu'elles se savent atteintes. Pourtant, dès que c'est possible, nous évitons la mastectomie.

En quoi cette campagne est-elle nécessaire ?

On voit encore beaucoup trop de patientes arriver avec des tumeurs évoluées, parfois même déjà métastasées. En tant que médecin, on a alors l'impression d'un immense gâchis... Si ces femmes avaient passé une mammographie, elles auraient pu être traitées à temps. Et avec succès.