Programme Addictions 2010-2015
Le programme calédonien Addictions 2011-2015 est téléchargeable ici - 280 kO.
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Les conduites addictives, notamment vis-à-vis de l'alcool, du tabac et du cannabis représentent un problème de santé publique majeur pour le pays.
Sous l'impulsion du gouvernement, l'agence sanitaire et sociale de Nouvelle-Calédonie, qui coordonne depuis 2005 le plan de santé publique de prévention et de prise en charge des addictions, a organisé du lundi 17 au jeudi 20 mai, au Méridien un séminaire destiné à élaborer un second plan addictions couvrant la période 2010 - 2015.
Il a réuni les acteurs des secteurs institutionnel, coutumier, politique, économique religieux, associatif, médico-social, éducatif…, concernés par le problème des addictions.
Un enjeu de santé publique
Les consommations abusives d'alcool, tabac ou cannabis, entraînent des dommages sanitaires importants (mortalité prématurée, décompensations psychiatriques, etc.) mais également de nombreux dommages sociaux (accidents, violences, délinquance, désinsertion sociale, souffrances familiales, etc.).
La problématique des addictions dépasse largement le secteur médico-social.
C'est pourquoi l'Agence sanitaire et sociale de la Nouvelle-Calédonie a souhaité mobiliser le plus grand nombre de personnes concernées par cet enjeu de santé publique et leur proposer un espace de réflexion et de débat.
A court terme, l'objectif était de définir un second programme Addictions pour la Nouvelle-Calédonie. Il est le résultat des différentes réflexions menées depuis plusieurs années par les instances concernées et fera suite au premier Programme de prévention et de soins en matière d'addictions évalué l'année dernière.
Des articles édités par les Nouvelles calédoniennes
(extraits du site www.lnc.nc)
| "Les coutumiers doivent affirmer leur position." |
La Calédonie en cure de désintoxication ?
(Jeudi 13 mai 2010)
Tabac, alcool, cannabis, kava. Un grand séminaire ouvert au public est organisé à partir de lundi et durant quatre jours par l'agence sanitaire et sociale, chargée par le gouvernement d'établir un second plan « addictions ». Le gouvernement tient à passer la vitesse supérieure, celle d'une prise de conscience et d'une action collective.
Les manifestations les plus visibles en sont souvent aussi les plus dramatiques. Accident de la route, violence familiale, suicide, assassinat. La consommation et surtout l'addiction à l'alcool, au cannabis, au tabac ou encore au kava sont au cœur d'une réflexion qui démarrera la semaine prochaine. Un séminaire est organisé sur quatre jours à compter de lundi, au Méridien à Nouméa, par le gouvernement et l'agence sanitaire et sociale de Nouvelle-Calédonie. Un rendez-vous inédit par sa forme car ouvert au public. Y participeront l'ensemble des acteurs concernés par les conséquences de ces addictions ayant un fort impact sur la société calédonienne. Avec comme base de travail, les conclusions du premier plan de prévention et de prise en charge de l'addictologie, 2005-2010. Et pour objectif, l'élaboration d'un second pour la période 2010 à 2015. Pourquoi ce séminaire et ce second plan ? Une nécessité estime Philippe Dunoyer, membre du gouvernement chargé d'animer et de contrôler le secteur de la santé, « car les chiffres témoignent de l'impact très important qu'ont de plus en plus ces consommations sur notre société, en termes de faits divers et d'événements qui traduisent ces travers. Mais dont on ne parle pas tous les jours, heureusement. »
C'est sur les normes sociales qu'il faut travailler en Nouvelle-Calédonie.
Chiffres à l'appui : 63 % des jeunes de 18 ans interrogés au cours d'une étude menée en 2005, consommateurs réguliers d'alcool, révèlent avoir eu une ou plusieurs ivresses ou cuites massives dans l'année, ayant entraîné une amnésie totale. Un jeune sur cinq déclare l'avoir vécu au moins à trois reprises dans l'année. 10 % de ces jeunes avant 13 ans. De même, les adultes avouent avoir été ivres plusieurs fois dans l'année, en moyenne 22 fois. « Un autre chiffre très inquiétant, poursuit Philippe Dunoyer, les deux tiers des femmes enceintes interrogées déclarent avoir bu pendant leur grossesse et au moins six verres par occasion alors que la tolérance est zéro ! » Autre constat : la consommation de cannabis est banalisée notamment chez les jeunes. A 14 ans, 3,4 % déclarent être des consommateurs réguliers.
Des statistiques qui sont des signes forts d'une tolérance qui doucement gangrène la société calédonienne, toute ethnie, tout âge et milieu social confondus. Le premier plan a-t-il servi ? Il a permis un certain nombre de mesures importantes : la gratuité des soins addictologiques, la mise en place d'un programme structuré de prévention en milieu scolaire et sur l'ensemble des provinces, celle d'un accueil de jeunes usagers de 12-25 ans, celle d'une équipe de liaison hospitalière, la structuration de la prévention en provinces Nord et Îles.
Seulement, difficile de mesurer son impact comme le précise le docteur Christian Michel, responsable du programme de prévention des addictions à l'Agence sanitaire et sociale. Car la motivation pour arrêter par exemple de fumer ou de boire se construit. « C'est sur les normes sociales qu'il faut travailler en Nouvelle-Calédonie et ce n'est pas palpable dans une évaluation. Par exemple, la crise d'ivresse est ici très banalisée et en général c'est culturel. Même chose pour le cannabis. C'est là dessus qu'il va falloir communiquer. » Et agir. C'est tout l'enjeu de ce second plan à élaborer : « Apporter d'autres éléments de réponse en associant l'ensemble des acteurs : coutumiers, politiques, associatifs, médecins, religieux, etc. » Bref, décider dans quelle société on souhaite vivre demain.
Catherine Léhé
L'agence sanitaire et sociale pilote le centre d'addictologie et de prévention. Elle accueille le public et tente de venir en aide aux accros de l'alcool, de la cigarette, du cannabis et du kava. Pour ces quatre addictions, la démarche est la même, selon le docteur Christian Michel : éviter l'initiation, la retarder, éviter le passage à la régularisation de la consommation. « Plus l'initiation est tardive, plus l'âge de quotidienneté est tardif, mieux c'est en termes de pronostic. Fumer tous les jours dès 14 ans n'a pas le même impact que fumer tous les jours à 20 ans. Pour le premier, il sera plus difficile de décrocher à 40 ans en ayant commencé à 14 ans. Cela est lié à l'immaturité cérébrale, au nombre de récepteurs nicotiniques. Plus on a de récepteurs nicotiniques, plus on aura besoin de consommer, du tabac, de l'alcool ou du cannabis. »
Quant aux risques pour la société, ils sont différents :
Alcool : d'abord il y a un risque individuel, « je bois et je peux me tuer, je bois et je peux être violent » Mais aussi collectif, « je peux tuer quelqu'un en voiture… et cela pendant toute la vie depuis l'initiation à la mort ».
Cannabis : c'est davantage un risque individuel. « Je fume et j'ai une mémoire moins bonne, je n'apprends plus mes leçons, j'ai des mauvais résultats scolaires, et c'est une perte de chance pour réussir une insertion professionnelle. Le risque majeur, c'est une complication psychiatrique, en particulier chez les jeunes. »
Tabac : « En dehors du tabagisme passif, c'est plutôt un risque individuel qui intervient très tardivement : si j'ai commencé à fumer à 18 ans, c'est vers 45 ans que je vais avoir des douleurs, les artères qui se bouchent, des difficultés d'érection, des problèmes de cœur. Cela entraîne aussi des risques de cancer du rein, des poumons mais aussi de fausse couche, un accouchement prématuré, entre autres. »
Kava : c'est aussi un risque individuel. Il s'agit plutôt d'une dépendance psycho comportementale : « Quelqu'un qui est incapable de ne pas y aller tous les soirs, ça induit des dommages familiaux, les familles se délitent, les plus fragiles ont des polyconsommations. On boit du kava, on se rince avec de l'alcool, certains vont fumer du cannabis. Il ne faut pas non plus stigmatiser : les consommateurs les plus fragiles, ceux qui ont du mal à se positionner par rapport à leur propre consommation, représentent une minorité ».
Des centaines de participants
180 personnes par jour sont attendues au séminaire organisé de lundi à jeudi prochains. Elles seront réparties en 21 groupes de travail, regrouperont des chefs d'établissements scolaires, des médecins, des éducateurs, des coutumiers, des politiques, des représentants du monde religieux. Plusieurs ateliers seront menés en même temps, surtout en matinée afin d'évaluer les travaux menés dans le cadre du premier plan de 2005-2010. Les après-midi seront consacrés à l'enrichissement de réflexions et à l'élaboration de solutions utiles à la construction du prochain plan. Les participants devront s'y inscrire sur place.
Des ateliers interactifs
En plus des bilans et des discours, le séminaire se traduira de manière concrète par la présentation de mini-reportages et de témoignages, de visu ou encore par le biais de différents supports : par exemple, un ancien détenu témoignera par vidéo sur la prise en charge de l'addictologie en prison, une autre personne viendra témoigner du suivi social et éducatif dans le travail de réinsertion addictologique.
Comment s'inscrire ?
Le public peut participer au séminaire en s'adressant à l'Agence sanitaire et sociale. Les inscriptions préalables sont nécessaires, le nombre de places est limité. Tél. : 25 07 60.
