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La réinsertion contre le cannabis

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Article des Nouvelles calédoniennes, du 16 avril 2010

La courbe de consommation du cannabis en Calédonie est exponentielle. Dans le Nord, l’Acaf propose un dispositif de lutte innovant et efficace. Mercredi, Philippe Dunoyer, membre du gouvernement en charge du secteur de la santé, en visite à Koné, a voulu en savoir plus. Il aimerait étendre ce dispositif à l’ensemble du pays.

Les chiffres de la consommation de cannabis font frémir le gouvernement. Les dispositifs actuellement en place semblent avoir trouvé leurs limites et ne parviennent pas à faire fléchir la tendance.
Philippe Dunoyer, en visite mercredi à Koné, a donc tenu à rencontrer l’association Acaf Nord (Association calédonienne pour l’animation et la formation). Depuis sept ans, après une commande passée par la province Nord, elle lutte contre la consommation de cannabis.
Si les premiers programmes mis en place, qui concernaient un public victime de pathologies mentales après une surconsommation de cannabis, n’ont pas eu l’effet escompté, le dispositif à l’œuvre actuellement porte ses fruits. « L’année dernière nous avons suivi une quarantaine de personnes, dont la moyenne d’âge tournait autour de 19 ans. À la fin de l’année, elles n’étaient plus que quatre », assure Pierre Welepa, éducateur à l’Acaf Nord.
Aujourd’hui, l’Acaf Nord s’intéresse à un public de consommateurs réguliers, plus de dix prises par mois, mais qui n’ont pas atteint un stade irréversible dans leur consommation.
Qu’elle est donc cette méthode qui attise tant la curiosité et l’envie du gouvernement ? À la différence des dispositifs en place à l’échelle du pays, qui travaillent sur l’aspect sanitaire de la consommation de cannabis et sur la prévention, l’Acaf joue davantage sur la corde socio-éducative et, surtout, sur le volontariat.

 

LNCMercredi, la coutume entre Philippe Dunoyer (à droite), les élus de la province Nord et le président de l’Acaf (à gauche) est le symbole du rapprochement entre les méthodes du Nord et celles mise en place par l’Agence sanitaire et sociale.

 

 

 

 

 

« L’idée est de l’intégrer et de lui redonner confiance, de recréer du lien social pour qu’ensuite il se reconstruise. »

De manière générale, les personnes se font suivre après une ordonnance thérapeutique ou une injonction de soins. Il y a donc une notion d’obligation que l’Acaf Nord a exclue de son programme, ayant fait le constat que les personnes s’investissent davantage lorsqu’elles sont volontaires. L’Acaf ne va pas les chercher, ce sont les consommateurs qui viennent vers l’association. « On travaille sur l’engagement de la personne, assure l’éducateur, la seule personne qui peut trouver des réponses c’est lui », ajoute un collègue éducateur.
Leur deuxième point de réussite est la manière dont ils traitent le public rencontré. « 20 % des fumeurs développent effectivement des pathologies. À ce moment-là, on les aiguille vers des soins médicaux. On travaille notamment en collaboration avec le CHS. Mais pour les 80 % restants, une prise en charge socio-éducative est plus intéressante et plus efficace », poursuit Pierre Welepa.
L’idée pour l’Acaf, est de travailler sur l’environnement social de la personne dépendante. Ensemble, le jeune et l’Acaf travaillent à la construction d’un projet. « L’idée est de l’intégrer et de lui redonner confiance, de recréer du lien social pour qu’ensuite il se reconstruise », souligne Pierre Welepa. Travailler ou reprendre une formation permet au jeune de sortir de l’oisiveté, l’un des premiers facteurs de risque. Enfin, l’Acaf joue un rôle de sensibilisation et d’information. Du coup, des collectifs se forment autour de cette question. Et « c’est très intéressant dans un pays où la consommation s’est banalisée. Les meilleures réponses qu’on pourra trouver viendront de la société », conclut l’éducateur.
Contact Acaf Nord : 77 42 21 ou 42 43 41. 
 

Préparation du plan addiction 2010-2015 >Mercredi, Philippe Dunoyer a rencontré les responsables de l’Acaf Nord dans le cadre de la mise en place du plan addiction 2010-2015 pour lequel planchent vingt et un groupes de travail chapeautés par le docteur Christian Michel.
L’expérience de l’Acaf est intéressante par la dimension socio-éducative qu’elle apporte dans la lutte contre le cannabis. « On se rend compte aujourd’hui qu’on a besoin à la fois de faire de la prévention, de travailler sur le médical et sur la réinsertion sociale pour être efficace », assure le docteur Michel.
Le praticien soutient pleinement l’initiative du membre du gouvernement de mettre en place un dispositif global à l’échelle du territoire, estimant que les chiffres « sont très inquiétants ».
« Il n’y a que dans le Nord qu’on trouve ce type d’approche. En revanche, la consultation médicale pour le jeune public est trop faible. Seulement une fois par mois alors qu’on sait qu’il y a un besoin. À Nouméa, en 2009, ce type de consultation a augmenté de 115 % ! Il faut qu’on la développe dans le Nord. La prévention est en revanche, bien présente sur l’ensemble du Territoire », poursuit le docteur Michel.
« Aujourd’hui, les réponses ont des dimensions trop faibles. On doit ajouter un volet social au travail entrepris par l’Agence sanitaire et sociale », conclut Philippe Dunoyer.


 15 % C’est le pourcentage de personnes âgées de 16 à 25 ans, selon une enquête Inserm, qui consomment quotidiennement du cannabis. Cette consommation touche toutes les couches sociales et toutes les ethnies. La moyenne de consommation en Nouvelle-Calédonie est, selon l’Organisation mondiale de la Santé, trois fois supérieure à la moyenne des autres pays.