Accueil Etudes et recherches Baromètre Santé Un article des Nouvelles calédoniennes - 30 juin 2010

Un article des Nouvelles calédoniennes - 30 juin 2010

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Comment vivez-vous ?...
L’Agence sanitaire et sociale de la Nouvelle-Calédonie lance demain une enquête d’envergure sur tout le territoire. L’étude « Baromètre santé » a pour mission de décrypter les modes de vie afin d’établir, dans un second temps, des programmes de prévention adaptés. Du jamais vu. Près de 60 enquêteurs sont sur le terrain.
  • Pourquoi une étude « Baromètre santé » ?
Cette étude « a pour objectif d’obtenir des connaissances sur des comportements de santé » remarque Hélène Bourdessol, coordinatrice de l’opération en Nouvelle-Calédonie. Ces comportements, qui ont bien entendu une influence sur l’état de santé de la population, donc sur les finances publiques, sont alimentaires, relatifs à l’activité physique, aux pratiques sexuelles, à la consommation de produits licites et illicites - tabac, alcool, cannabis, kava -… En clair, « nous abordons un ensemble de thèmes sur lesquels il est possible d’agir en termes de prévention ». L’étude « Baromètre santé » doit permettre de disposer d’un état des lieux afin de ciseler, mieux cibler les programmes, d’ajuster l’information offerte au public, d’affiner les politiques.

La croissance annuelle moyenne des dépenses de santé est, au total, de l’ordre de 8 % par an depuis dix ans, selon le rapport « Nouvelle-Calédonie 2025 ». « Le système de santé est encore financièrement fragile, malgré la forte progression de l’emploi, et donc la hausse du nombre de cotisants ».
  • Quel dispositif ?
Lancée officiellement demain, jeudi 1er juillet, l’enquête va durer deux mois. Toutefois, dans Nouméa et le Grand Nouméa, l’événement a déjà démarré, tout doucement, en début de semaine. Concrètement, 56 enquêteurs, encadrés par 14 superviseurs, vont visiter 2 500 Calédoniens âgés de 18 à 67 ans sur l’ensemble du territoire. Cet échantillon rencontré sera établi de façon aléatoire. Des points de chute ont été préalablement définis, de façon aléatoire également, de manière à couvrir la totalité du pays, et à ainsi récolter des données représentatives de la répartition de la population. Dans ces zones, ces femmes et hommes chargés de l’enquête vont frapper aux portes. Renseignements pris sur l’âge des résidants, « la personne dont l’anniversaire à venir est le plus proche du jour d’enquête est la personne invitée à répondre au questionnaire », bien sûr anonyme, explique Hélène Bourdessol. Les 2 500 habitants interrogés seront, le but est là, « le reflet de la population calédonienne ».
  • Qui ?
Élaborée, managée et financée par l’Agence sanitaire et sociale de la Nouvelle-Calédonie mais aussi soutenue par la CPS, l’étude « Baromètre santé » nécessite, pour sa phase de terrain, l’intervention des enquêteurs de la société de sondages I-Scope. Une équipe facilement identifiable avec ses casquettes bleues et tricots blancs imprimés du logo de l’opération. Comme l’indique l’ASS-NC, le questionnaire aborde de nombreux sujets de santé tels que les conduites alimentaires, les consultations médicales, ou encore la contraception. La durée moyenne de l’entretien en face à face au domicile est de l’ordre de 50 à 55 minutes. Pour les questions plus intimes, l’interviewé (ée) aura la possibilité de cocher lui-même (ou elle-même) les cases.
  • Déjà réalisée dans le passé ?
Non. Cette enquête s’avère « la toute première de cette envergure-là, multithématique » en Nouvelle-Calédonie. En 1992, une étude de prévalence sur le diabète avait été menée. En outre, il y a près de dix ans, l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, était venu réaliser des travaux quasi similaires au « Baromètre », mais le zoom était porté uniquement sur les femmes. Puis, un peu plus tard, la santé des jeunes avait été placée sous la loupe du célèbre établissement.
  • Quel calendrier ?
Achevée théoriquement fin août-début septembre, l’opération devrait livrer ses premiers résultats en décembre 2010 voire en janvier 2011. Rapports et synthèses seront alors publiés, permettant de donner matière à réflexion afin de bâtir des programmes de santé publique adaptés. Tabac, alcool, préservatif ou autres… L’impulsion lui revenant, le politique devra se saisir de ces données.

Yann Mainguet

La prévention « insuffisante à tous les niveaux »

Les historiens, les politiques, les habitants le ressentent : le territoire connaît et va connaître de fortes mutations. Déjà, des indicateurs démographiques approchent des références des pays les plus développés, observe le document « Nouvelle-Calédonie 2025 » publié en mars dernier.
Le taux de natalité baisse notablement, ainsi que le taux de fécondité, « lequel est aujourd’hui à peine au-dessus du seuil permettant le renouvellement des générations (taux 2007 : 2,2) ». Le taux de mortalité, et le taux de mortalité infantile (6,1‰ en 2007, contre 3,8‰ en Métropole) chutent également de manière significative, et « l’espérance de vie augmente de 4 mois par an en moyenne depuis 1997 ».
Même si le fossé se comble peu à peu, un écart subsiste avec les pays les plus avancés, et notamment la Métropole : « l’espérance de vie à la naissance était par exemple, en 2007, de 80,3 ans pour les femmes, soit 4 années sous le taux métropolitain, et de 71,8 ans pour les hommes, soit un écart de 5,5 années avec la Métropole ».
À la lecture du document « Nouvelle-Calédonie 2025 », nul doute, le système de santé est performant, avec des équipements conséquents, ou encore un nombre relativement important de professionnels de santé… Toutefois leur répartition géographique est jugée inégale.
Tout rose ? Loin de là. Exemple : « Différents obstacles freinent l’accès aux soins », parmi lesquels des difficultés de recrutement de médecins en dehors de Nouméa, une forte concentration des spécialités médicales dans « la capitale », ou encore une prise en charge parfois insuffisante par le système de protection sociale. Véritable fléau, des problèmes de santé liés à une mauvaise alimentation sont à nouveau évoqués.
Une évidence : « Les chiffres sont particulièrement préoccupants pour les enfants : 17 % des enfants calédoniens de moins de 14 ans sont obèses. Les explications sont essentiellement socio-économiques (absence d’activités sportives et plus généralement d’intégration sociale ; alimentation déséquilibrée) et en partie génétiques ». Le diabète concerne 10,2 % de la population, soit 3 fois plus qu’en Métropole et 2,5 fois plus qu’en Nouvelle-Zélande. « C’est la deuxième cause de prise en charge en longue maladie, après les maladies cardio-vasculaires ». Mais voilà, la prévention « reste insuffisante à tous les niveaux : chez les médecins, à l’école, dans les institutions ou encore dans les familles ».

Des données démographiques aux travaux anthropologiques

Avant le lancement de l’enquête proprement dite, plusieurs étapes, réalisées en 2009, ont été nécessaires, précise l’Agence sanitaire et sociale. La première a consisté à rassembler préalablement les connaissances déjà produites sur la société calédonienne : données démographiques, données sanitaires et sociales, travaux anthropologiques, enquêtes réalisées en Nouvelle-Calédonie et plus globalement en Océanie, etc. « Ces informations ont été précieuses pour bien comprendre les enjeux locaux, tirer les conséquences des expériences passées, mais aussi pour calibrer les thèmes et questions du questionnaire ».